Intensité du regard, désir d'apprendre et d'expérimenter, passion pour son art, soif de vie et de justice, ouverture sur le monde et sur le changement, voilà qui décrirait sommairement Étienne Martin.

Il est très tôt influencé par son père imprimeur et sa mère enseignante et peintre. Très jeune, il développe le sens du trait et des couleurs et, dès l'enfance, on remarque ses dessins.

Déçu par la rigidité académique des grandes institutions d'enseignement, il choisit le monde comme lieu d'apprentissage et se met en quête de la beauté.

Aussi à 20 ans, voulant s'enquérir de ses racines françaises et espagnoles se rend-il en France pour faire les vendanges. Mais une fois là-bas, il s'attache moins au terroir qu'aux gens et à la culture. L'art et l'histoire présents dans le moindre petit village l'impressionnent et sollicitent sa curiosité.

La tête pleine d'images et de souvenirs, il revient au pays et il sait qu'il doit peindre pour conserver bien présent tout ce qui se bouscule et s'agite dans son esprit. À l'origine, tout lui sert pour expérimenter et explorer. Ce qu'il a appris auparavant stimule son travail de prospection. Il utilise tout ce qui lui tombe sur la main: papier, photos, magazines, vieille peinture, etc.

À une certaine époque, il fait beaucoup de portraits: de Jésus en particulier, non pas qu'Étienne Martin soit si religieux, mais parce que le personnage symbolise, pour lui, le comble de la souffrance. Puis il utilise aussi largement l'image légendaire de Che Guevara car il considère l'homme comme un symbole du changement. D'ailleurs Étienne Martin, qui adhère aux valeurs progressistes et qui espère la naissance d'une société plus juste, se sent près du grand révolutionnaire. Il aime les personnages où il perçoit une incommensurable passion mise au service d'une cause, qu'il s'agisse du Che ou de Picasso, un de ses modèles, ou d'autres individus qui ont marqué l'histoire.

Son œuvre, au début parsemée de symboles, s'attache depuis récemment à évoquer des lieux qui l'ont marqué que ce soit en France, à Cuba ou ailleurs. Il se fait surtout un point d'honneur de visiter chacun des endroits qu'il peint, tenant à en conserver non seulement les images mais aussi les sons, les odeurs et la vie qui bat au détour de chaque rue. C'est ce qui fait d'Étienne Martin un éternel voyageur.

Ce n'est pas inutile, car voyez ses représentations de Paris, de New York, de la Havane, ou même de Sainte-Adèle (sa ville natale) vibrantes sous les verrières qui les surplombent. On ne peut qu'être attiré par cette force et cette lumière qui émanent de la toile.

Étienne Martin est un peintre accompli, son coup de pinceau ferme fait ressortir la couleur et la luminosité dans ce qui ressemble à du vitrail. Cet effet propre à l'artiste est obtenu grâce à une technique d'application de grands traits d'encre et de peinture noire qui donnent une perspective particulière au tableau.

Malgré ses succès, le peintre considère que, même s'il y a dans son travail d'aujourd'hui une somme importante d'efforts et de ténacité, l'évolution de son style et de ses techniques est aussi, comme il l'explique, «le résultat d'une série d'accidents, de hasards et de rencontres fortuites» dont il a su bénéficier.

Étienne Martin, qui a fait le pari de rendre l'art plus accessible, se dit comblé car les gens s'intéressent à sa peinture, le questionnent sur sa démarche.

Spectateurs, prenez garde cependant: une fois qui vous les aurez vues, les images de l'univers d'Étienne Martin ne vous quitteront plus.

Michel Beauchamp

Novembre 2004

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