Publié le 10-12-2013

S Gaudette

Artiste autodidacte, évoluant depuis dix ans dans le milieu des arts visuels, Sébastien Gaudette propose des œuvres étonnantes aux multiples visages.

Par JOHANNA POCOBENE

Exposant l’Encan Décover ce mardi 10 décembre, Sébastien Gaudette est un artiste accompli qui se plait à multiplier les expériences  « J’expérimente beaucoup, je réalise des explorations artistiques aussi bien sur les mediums que sur les sujets ou supports » Etudiant depuis deux ans en baccalauréat en art visuel à l’université du Québec à Montréal, les études lui permettent d’étendre sa vision artistique «J’ai choisi d’aller à l’université car cela me permet d’explorer intensément le dessin et la peinture mais aussi de travailler la sculpture et la gravure. » Les deux dernières années ont été pour l’artiste synonyme de voyage, il s’est baladé principalement au Québec et lui a permis d’envisager plusieurs projets d’expositions  comme à la Baie Saint-Paul, Québec, Sherbrooke, Laval, ou encore Ottawa.

Le style artistique qui correspond à Sébastien Gaudette est reconnaissable et s’établit par la représentation des objets du réel donc figuratif, même si l’artiste s’essaie aujourd’hui plus à l’abstraction : « j’explore la fragmentation, la déconstruction de l’image et j’essaie de m’inspirer de la science entre autre, le corps humain, la biologie. »

Pour l’évènement Monstra, cependant, la thématique « n’était pas dans ses cordes à la base » il a ainsi essayé d’incorporer sa nouvelle approche et de créer une certaine narration. « Je savais que cela allait être exposé dans une église alors j’ai souhaité jouer avec la trinité. La religion et les sciences, en contraste, j’ai voulu mélanger les deux. »

Sa méthode de travail est à la fois rigoureuse et aléatoire, plutôt déconstruite. Son tableau pour Monstra est pensé comme une véritable énigme. L’artiste donne plusieurs pistes au spectateur afin qu’il crée lui-même sa propre narration. Ajoutant des fausses pistes, le vrai et le faux s’entrelacent. « Je souhaite qu’à chaque fois que le spectateur voit mon œuvre, qu’il l’analyse, et trouve une nouvelle interprétation. »

Face à cette toile mystérieuse, une question nous taraude, qu’est ce qui a inspiré l’artiste ? « J’aime les films d’horreur mais plus les histoires de tueurs en série et il n’y a pas de monstre en soit qui aurait pu m’inspirer. Je suis partie de façon aléatoire et subitement un visage est apparu. Cela change de ma manière de créer, habituellement c’est très construit, je ne pars jamais d’une base abstraite et l’aléatoire arrive ensuite. » Au sujet de son inspiration d’ailleurs, celle qui le transcende et lui donne envie de créer quotidiennement, il faut aller chercher du côté d’Adrian Ghenie, « qui joue avec la déformation concernant l’ambiance notamment, il a été une source génératrice. » mais également le travail de Robert Rauschenberg, Serge Lemoine, et Cy Twombly.

Sébastien Gaudette est un artiste de son temps qui se pose des questions sur le monde actuel et ses dérives identitaires. A l’heure où les réseaux sociaux explosent chez les jeunes, le thème de l’identité est venu naturellement. « C’est un thème assez vaste et un sujet actuel. Beaucoup de gens veulent avoir leur minute de gloire. La société est souvent basée sur l’apparence, sur la superficialité, certains souhaitent ressembler à un artiste, par exemple, à l’image qui est projeté. »

Le vrai ou le faux donc et jouer sous toutes sortes de mediums. A ses débuts, son premier de prédilection était le cirque, il ne s’est jamais éloigné réellement de cette question identitaire : « je jouais sur la double facette du clown, la triste et la joyeuse mais aussi sur l’image d’une personne qui se cache derrière un masque, son maquillage. C’est ainsi que petit à petit, j’ai développé une certaine idée de l’identité. » . Cette idée nous rapprochant évidemment d’une identité numérique qui peine parfois à se dissocier de la réelle.

Des œuvres déconstruites, arborant le réel et l’irréel, les œuvres de Sébastien Gaudette gagnent à être connue et mérite la reconnaissance des plus grands.