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Publié le 28-08-2013

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Portrait d’Alexandre Taillefer par Zoltan Veevaete

Interview réalisé par Micah Lockhart

Interviewer Alexandre Taillefer vient avec son lot de pression : Président du Musée d’Art Contemporain de Montréal (MACM), président du Comité conseil en art public de Montréal, avide collectionneur d’art, membre du Forum Arts Affaires et j’en passe. Il est définitivement l’une, sinon la personne la plus influente dans le milieu des arts visuels au Québec. Il faut ajouter qu’il est maintenant  »dragon » à l’émission de TVA et qu’il pourrait me faire une offre pour acquérir 50% de notre bébé DÉCOVER.

On s’est rencontré aux bureaux du MACM qui ressemblent plus à des bureaux d’actuaires. Quelques œuvres ici et là, mais c’est décevant, plutôt blême comme ambiance. Bon, l’offre du dragon n’est pas venue, mais la pression s’est vite dissipée en découvrant un homme éloquent qui a répondu généreusement à mes questions sur le MACM, sa collection et donné son point de vue sur l’état de l’art visuel au Québec et dans le monde.

Micah Lockhart : Il y a un an, presque jour pour jour, vous avez été nommé président du MACM. Après un an, qu’est-ce que vous et votre équipe avez pu accomplir?

Alexandre Taillefer : Pas grand-chose. Je ne suis pas du genre à rentrer et tirer plus vite que mon ombre. Aujourd’hui, on a réalisé un diagnostic de la situation du musée et on a également travaillé très, très fort sur un plan stratégique avec des pistes de solution pour combler les lacunes identifiées.

Une de ces lacunes est la question du musée comme tel : comme il a été conçu, au niveau architectural, en ’87 et construit en ’92, il a manqué toute la nouvelle vague des musées actuels, toute la réflexion des années ’95, ’96, ’97, les ouvertures du Moma PS1, du Tate Modern et d’innombrables autres musées. Ces installations plus récentes développent des espaces adaptables à de l’art de performance, de l’art d’installation, de l’art vidéo, de la peinture, de la sculpture, des endroits flexibles, des salles multifonctionnelles. Aujourd’hui, le MACM ne répond pas à ces besoins-là. De plus, ce qui apparaît bien clair c’est qu’on a un problème d’espace. On a aujourd’hui 25 000 pieds carrés et, quand on rentre au musée et qu’on a déjà vu la collection permanente, on fait le tour vite parce qu’il reste à peine 12 à 13 000 pieds carrés, l’équivalent d’une ou deux expositions.

Ensuite, on a un problème de fréquentation. On a établi des axes de développement stratégique, le numéro un étant le développement de la fréquentation et le numéro deux, le développement des revenus autonomes.

 

ML : 90 % du financement du MACM provient des subventions gouvernementales. Seulement 4 % provient de la vente de billets. Quelle est votre stratégie pour augmenter les ventes?

AT : Premièrement, s'assurer que le musée soit accueillant, alors on va vraiment changer l'approche. On veut que les gens se sentent accueillis ici et qu'ils aient du fun. Pour moi, un musée d'art actuel, c'est un endroit où les gens prennent un verre de vin avant de venir regarder de l'art et après, tu peux prendre un autre verre et discuter de ce que tu as vu. C'est un endroit où tu vas échanger et fréquenter, pas une fois par année, tu vas venir une fois par mois, par deux semaines, c'est un endroit où tu peux donner rendez-vous à des amis, où tu vas vivre. C'est une agora, un endroit où les gens se donnent rendez-vous et ont du fun. Pour moi, cette dynamique-là est très importante.

Deuxièmement, c'est la mise en marché. L'année dernière, on a investi 32 000$ en placements publicitaires. C'est comme aller à la guerre avec un lance-patates. Aujourd'hui, on veut augmenter considérablement notre investissement marketing, parce qu'on sait qu'un dollar investi en marketing va générer trois dollars à la billetterie. Si on compare l'investissement que le MACM fait en marketing par rapport à celui d'autres musées, c'est ridicule.

On ne peut faire autrement que de se comparer au Musée des Beaux-arts de Montréal (MBAM). C'est sûr que la mission artistique est très différente, un musée des beaux-arts c'est large, ça inclut le design, les expositions ludiques, tu peux faire une exposition sur Tintin, sur Jean-Paul Gauthier. Ceci étant dit, le MBAM génère 51 % de ses revenus de façon autonome, comparativement à 14 % pour le MACM. En termes de revenus de billetterie, on fait environ 400 000$ ils en font 3,6 millions $. En termes de membership, ils ont 67 000 membres, on en a 2 500. C'est sûr que l'art actuel est un peu plus hermétique, un peu moins populaire. À ça je réponds, peut-être, mais pas dans les proportions dont on parle. Quand on regarde une ville comme Londres qui, c'est sûr accueille un million de touristes par jour alors qu’à Montréal, c'est sept millions sur une base annuelle, mais le Tate Modern à Londres compte 6 millions de visiteurs. Le plus gros musée à Londres c'est neuf millions de visiteurs et pour le Tate Britain, un musée d'art traditionnel, c'est 1.5 million. Alors, on ne peut pas accuser le Tate Britain de présenter de l'art simple, populaire. Il y a des expositions d'Ai Wei Wei, des expositions extrêmement actuelles et pourtant, il y a plein de gens qui y vont.

ML : Prévoyez-vous un changement de direction artistique pour les expositions à venir?

AT : Je pense que fondamentalement, le contenu présenté au musée n'est pas problématique. On a un contenu de qualité. Je pense qu'on a un travail de commercialisation à faire et on a un travail de second niveau de langage. Aujourd'hui, quand on vient voir le musée, on a un niveau de langage très académique et il faut qu'on développe un langage populaire. Par exemple, pour l'exposition Zoo, on aurait très bien pu développer un second niveau de langage avec une cartographie qui ressemble à un zoo où la visite se fait de façon ludique. Ceci dit, je pense qu'on a un travail important à faire pour le rayonnement des artistes québécois et ça fait partie des axes de développement. Ça a toujours été le cas, mais on veut s'assurer qu'on puisse prendre les artistes québécois et les faire voyager dans le reste du monde en faisant des deals. Ce n'est pas un concept très musée, mais on va faire des deals! On va accueillir des artistes de l'étranger comme on le fait, mais on va s'assurer que nos artistes québécois vont obtenir de la réciprocité.

ML : En tant que président du MACM, avez-vous une influence sur le choix des expositions?

AT : Je me fais un devoir de ne pas intervenir dans la programmation, je ne l'ai jamais fait à l'Opéra de Montréal, je ne le ferai pas au MACM. C'est sûr qu’il y a des artistes que j'affectionne et qu'il y a des programmations qui m'excitent plus que d'autres, mais on a des spécialistes, des conservateurs, qui connaissent leur affaire et c'est très difficile pour moi de m'immiscer dans des décisions artistiques. En fait, c'est proscrit. Si c'était mon musée et mon cash, je le ferais, mais aujourd'hui, je suis mandaté par l'état québécois pour gérer le MACM et ce n'est pas ma responsabilité de dire ce qu'on va faire dans d’autres domaines.

Ceci dit, on est plutôt en train de travailler des espèces de blocs de programmation pour lesquels on va demander aux conservateurs de nous créer des grilles de programmation qui vont atteindre nos objectifs stratégiques. Par exemple, on veut avoir à chaque année une exposition phare, une exposition d'un artiste qui va attirer les foules. Cela permettra d'utiliser les profits de cette exposition pour présenter des artistes moins connus, qui vont générer pas mal moins de vente de billets. Notre objectif n'est pas de dire qu'on va avoir dorénavant juste des blockbusters. On veut en avoir un par année qui va tirer le reste du musée vers le haut en termes d'achalandage.

ML : Cette année, la Biennale de Montréal (BNL) et le MACM ont formé un partenariat. Les BNL du futur se tiendront au MACM et remplaceront la Triennale québécoise. Pourquoi remplacer la Triennale par la Biennale?

AT : On a l'occasion aujourd'hui de fédérer deux événements, rassembler les budgets et être en mesure de mettre plus d'argent dans la programmation, dans le contenu comme tel. Comme on fait deux événements, on est capable de dégager beaucoup plus d'argent au niveau du développement des contenus. De toute façon, l'évolution de la Triennale allait inclure dans les prochaines éditions de l'art canadien et de l'art international. Essentiellement, au lieu de l'avoir aux trois ans on va l'avoir aux deux ans et les artistes québécois vont ainsi disposer d'un budget beaucoup plus important que précédemment.

ML : Est-ce que n'importe quel artiste peut soumettre son dossier dans l'espoir d'être considéré pour la BNL? Si oui comment?

AT : Il faut l'envoyer à la direction du BNL de MTL, je pense qu'il y a déjà un travail fait par les conservateurs, mais c'est sûr que je dis ça à titre de collectionneur d'art, il y a des choses que je vais collectionner qui ne sont pas dans le radar des conservateurs. C'est très difficile d’identifier l'art qui est museum worthy. Moi, je n'ai pas la réponse à ça.

ML : Quelles sont les dernières nouvelles concernant l'agrandissement du MACM?

AT : On a travaillé très, très, très fort sur la mise en place d'un projet de transformation du MACM. On n'a pas encore présenté le projet, mais on a un projet dans les cartons de 35 millions $ qui va permettre de doubler la superficie du MACM, d'ouvrir le musée sur le quartier des spectacles et de le rendre extrêmement accueillant. On pense que ce projet va permettre d'augmenter considérablement la part des revenus autonomes du MACM, par sa pertinence et l'esprit qu'on veut lui donner et je suis très optimiste qu'on va y arriver.

Notre objectif est d'avoir un musée ré ouvert en 2017. Le conseil d'administration s'est engagé à élever la part du privé à 20 % du 35 millions $, par des donateurs.

ML : Une règle gouvernementale réserve un certain pourcentage du budget de construction d'un bâtiment public à la réalisation d'œuvres d'art précisément pour cette bâtisse. C'est généralement 1 %. Avez-vous ciblé des œuvres ou des artistes pour cette tranche de budget?

AT : La bonne nouvelle, c'est qu'on a déjà pour plusieurs centaines de millions $ d’oeuvres dans nos voûtes. Les gens ne savent pas qu'on a un jardin de sculptures au MACM, en plein centre-ville et beaucoup de gens viennent ici et ne l'ont jamais vu. On a mis des haies de cèdres pour être bien certain que personne ne le voit (sourire). Ce jardin-là, on va complètement l'ouvrir. Notre objectif est de faire un partenariat avec la Place des arts pour installer nos œuvres d'art à l'extérieur et les parsemer sur la place. Dans le nouveau projet, on a prévu une galerie d'art sur le toit, donc un jardin extérieur d'art.

Globalement, il va y en avoir pour des millions et des millions $ d’investissement, alors le 1 %, va être aisément dépassé !

ML : Votre mandat de président est d'une durée de cinq ans, qu'est-ce que vous aimeriez réaliser au cours de cette période? Qu'est-ce que vous aimeriez laisser comme héritage?

AT : Premièrement, mon mandat pourrait être renouvelé comme pour plusieurs présidents de conseil, mais moi, je ne solliciterai pas un renouvellement de mandat. En cinq ans, je vais en avoir assez fait. Je travaille aujourd'hui à peu près 25, 30 heures par semaine et je me considère comme un agitateur. J'aime ça rentrer dans une situation qui est, comme on dit broken et de mettre en place des solutions pour remettre ça sur les rails. À partir du moment où c'est fait, je vais passer à autre chose. Alors, j'aimerais d’abord mettre sur les rails le projet de transformation du musée. Le MACM ne pourra pas survivre si on ne crée pas une transformation ici. C'est impossible. Le projet de transformation est donc absolument essentiel. Mon deuxième but est de nommer le bon directeur général, capable d'opérationnaliser les axes de développement stratégique qu'on a établis.

Si on a un achalandage de 150 000 entrées comparativement à 47 000 aujourd'hui et si on atteint 25% du budget généré de fonds autonomes, je pense que je vais être très satisfait de cette performance-là.

ML : Vous avez une collection d'art personnelle de plus de 250 œuvres. Comment vous tenez-vous informé sur le monde de l'art, les nouveaux artistes?

AT : Je lis DÉCOVER. (sourire)

ML : Ça vous est déjà arrivé de découvrir un artiste dans DÉCOVER et de vous informer davantage ?

AT : Oui, absolument. Je dirais moins dans les premiers magazines, mais je pense qu'aujourd'hui il y a un travail qui commence à être de plus en plus pertinent. J'ai l'impression que vous faites un travail plus léché. Je pense que ça, c'est important. Moi, j'aimerais voir un tie-in par rapport à la programmation du MACM. En effet, il n'y a pas de raison qu'on ne retrouve pas un Michel de Broin dans vos pages. Nous allons bénéficier tous les deux de ça.

ML : C'est bien noté, on va s'informer plus sur le travail de Michel de Broin.

AT : Un capoté. Ce qu'il fait, c'est très, très, très bon. Je pense que c'est un des dix meilleurs artistes en ce moment au Québec et il a une réputation internationale et fait des projets un peu partout.

ML : Qu'est-ce qui fait une grande collection?

AT : Je pense qu'il faut que la collection ait un lien, qu’on soit capable à travers la collection de déterminer un fil conducteur, qui n'est pas nécessairement une trame narrative. C'est plus une réflexion par rapport à un sujet et on voit l'évolution de la pensée d'un collectionneur à travers l'évolution de sa collection. Je pense qu'il faut être capable de comprendre à quelle époque l’œuvre a été acquise et comment le collectionneur évolue. Moi, je le vois dans mes choix, mes goûts : il y a une évolution et c'est intéressant. Personnellement, je trouve ça intéressant parce que ça m'en apprend beaucoup sur moi, en fait sur Debbie et moi, on collectionne ensemble. Ça nous en dit beaucoup sur où on est rendu. Je fais un parallèle avec le vin : je suis passionné par le vin et au début, je buvais du Cabernet de Californie. J'aimais bien ça. Aujourd'hui, je ne suis plus capable d’en boire. Je suis intégriste et je pense que dans les choix artistiques, on devient de plus en plus précis par rapport à ce qu'on aime et j’appelle ça de l'intégrisme, mais c'est peut-être une plus grande connaissance de nos intérêts. Alors, on évacue plus rapidement les choses qui ne nous touchent pas.

ML : Est-ce qu'il y a une ville qui vous stimule particulièrement pour ses arts visuels?

AT : C'est New York. Ça fait longtemps que je n'ai pas passé beaucoup de temps à Los Angeles, qui grappille du terrain au niveau de la pertinence en art. New York et quand je dis New York, j'inclus les boroughs, c'est vraiment excitant. Ceci dit, un des dangers de New York c'est la gentrification, c'est à dire qu'il y a de moins en moins d'artistes capables de vivre à New York et c'est la raison pour laquelle ce qu’on trouve de plus intéressant, c'est probablement à Brooklyn, dans le Bronx.

ML : Quelle exposition ou foire en particulier trouvez-vous inspirante à l'international, comme Miami Art Basel ou Armory à New York?

AT : Je pense qu'il commence à y avoir une saturation au niveau des foires mondiales. On continue d’y aller, mais c'est half lifestyle, half art. On s'en va passer un weekend à Miami et va avoir du fun, on va en profiter pour aller voir de l'art. C'est une bonne façon d'amener des amis à connecter avec le milieu de l'art. Je dirais quand on a commencé à y aller il y a une dizaine d'années, on partait à six, ça n'intéressait personne. Aujourd'hui, on a converti un paquet de nos amis qui sont devenus collectionneurs eux-mêmes.

Il y a une redite qui commence à être dangereuse dans le monde l'art. On a Frieze, Armory, Basel partout. Aujourd'hui je suis plus inspiré par Documenta, par la Biennal de Venise où je pars lundi. Il y a là vraiment une qualité artistique de très, très haut niveau. On se rend compte que les grandes œuvres ne sont pas affichées dans les foires parce que les collectionneurs ont déjà identifié les artistes, ont établi des relations avec des galeristes et les grandes œuvres sont traitées de gré à gré entre le galeriste et le client. Donc, elles sont déjà vendues avant la foire.

ML : Est-ce qu'on va voir la galerie Alexandre Taillefer un jour ?

AT : Non. Je mets un bémol parce que je suis toujours passionné par les entreprises dans lesquelles j'investis, mais essayer de faire de l'argent avec des hobbies, c'est une très mauvaise idée.

ML : Mais disons à la retraite, non?

AT : Non. Moi, je suis incapable de me départir de mon art. Je n'ai jamais vendu une de mes œuvres, j'ai donné une œuvre, les Running Shoes de Brian Jungen au MBAM. Ils me l'ont demandée pour fêter le 150e anniversaire du musée et j'ai accepté, mais je n'ai jamais vendu une de mes œuvres, on va en redonner c'est sûr, mais on n’en vendra pas. C'est comme je disais tout à l'heure, ce qui est intéressant c'est l'évolution de la collection. Quand j'ai commencé à collectionner, la première œuvre que j'ai achetée est un Lise Gervais, la deuxième, un Serge Lemoyne, ensuite un Jacques Hurtubise, après j'ai acheté des Marc Seguin en '98. Alors, on a vu rapidement une évolution. On n’est jamais retourné à des œuvres historiques.

ML : Est-ce que l'achat d'une œuvre d'art pour vous est toujours un coup de cœur ou est-ce que ça peut être purement de l'investissement?

AT : Une seule fois j'ai acheté une œuvre pour l'investissement et je le regrette. C'est toujours un coup de cœur, il faut que ça soit une œuvre qui va nous choquer, nous émouvoir, nous interroger, alors on fait toujours nos acquisitions pour la qualité intrinsèque qu'on perçoit des œuvres.

ML : D'après vous, quels sont les bénéfices pour une entreprise d'investir dans l'art et de commencer une collection?

AT : Être en mesure de solliciter des interrogations de la part de son personnel, favoriser un climat où il y a de la créativité, ce sont tous des bénéfices intangibles qui sont extrêmement importants. Pour moi, c'est plus que de l'art, c'est de la culture, il faut que les entreprises encouragent leurs employés à consommer de la culture, sortir du bureau et aller voir les pièces de théâtre, écouter de la musique, aller voir les expositions et je pense que les corporations ont un rôle par rapport à ça. On est en mesure d'être des bougies d'allumage, des déclencheurs de passion et c'est pour ça que je me suis impliqué dans le Forum Art Affaires au Conseil des arts de Montréal. Je pense qu'il y a un lien important à faire entre la culture et les affaires.

ML : Vous êtes aussi président du Comité conseil en art public de la ville de Montréal. Pouvez-vous nous parler de la mission de ce comité?

AT : Il y a trois volets. Premièrement s'assurer de mettre en place l'argent requis pour maintenir la collection actuelle, la restaurer au besoin, pour un patrimoine montréalais de trois cents œuvres. On veut deuxièmement en faire la promotion. On veut bien expliquer où les œuvres sont, cartographier ce patrimoine, être en mesure d'avoir une application par géo localisation qui fournira de l'information sur l'œuvre, l'artiste, créer des trajets, des parcours en art public à Montréal. Et le troisième aspect, c'est le développement du patrimoine artistique montréalais avec un objectif de dix œuvres majeures en dix ans à Montréal. Quand on parle d'œuvre majeure, on parle d'une œuvre avec une qualité impeccable, un peu comme la Joute, le Calder, le Roussil. On a plusieurs œuvres fantastiques à Montréal et on veut accroître ce patrimoine-là et faire de Montréal une destination importante en art actuel.

ML : Est-ce qu'il y en a une œuvre publique à venir dont vous voudriez nous parler ?

AT : Ça serait malhabile pour moi de mentionner des noms, mais oui, on travaille en ce moment sur deux projets d'artistes très intéressants. J'ai un projet en tête d'un artiste montréalais extrêmement significatif qui permet de remémorer ce qu’était le quartier des spectacles, c'est-à-dire le red light, aujourd'hui on a gentrifié tout ce coin-là qui était le coin des artistes, des marginaux, et il faut s'assurer qu'on garde ça en mémoire. Pour moi, ce serait un objectif à atteindre au niveau de l'art public.

ML : Pour être un artiste qui a du succès, c'est important de faire du bon art, mais c'est aussi très important de se débrouiller en affaires.

AT : Aujourd'hui, la majorité des artistes donnent cette responsabilité-là à un galeriste.

ML : Mais avant d'être en galerie…

AT : Ça prend de l'autopromotion, mais je pense qu'un galeriste doit être un chercheur de talent, de la même façon que quelqu’un qui se promène sur la rue et, en voyant une belle fille lui dit viens en agence, tu vas devenir mannequin. S'il n'y avait pas eu cet agent à la base, la fille serait encore en train de marcher dans la rue. Ce que je veux dire par là, c'est que derrière tout grand artiste international, incluant québécois, même un David Altmejd, l'artiste québécois qui a le plus grand succès dans le monde aujourd'hui, il y a un grand galeriste. Et s'il n'y a pas de grand galeriste en arrière d'un artiste aujourd'hui, ses chances sont slim to none.

ML : Si tu as 40 ans et que tu n'es pas dans une galerie, ça fait 20 ans que tu fais de l'art, tu peux oublier la carrière internationale?

AT : Il y a des maudites bonnes chances, mais c'est sûr qu'il y a toujours le contre-exemple. Il y a toujours un Van Gogh, mort avant d’avoir fait de l'argent et les gens achetaient ses toiles pour le nourrir et ne pensaient jamais que ça vaudrait quoi que ce soit. C'est très rare qu'on va voir un artiste qui meurt et par la suite va connaître du succès.

ML : Comment voyez-vous l'influence de l'internet sur le milieu de l'art?

AT : On se rend compte aujourd'hui que, historiquement l'évolution de l'art c'était toujours des mouvements artistiques qui venaient en réponse à des mouvements précédents. On est passé du fauvisme au cubisme, c'est une évolution qui dure huit ans, dix ans et on est capable de répertorier ces œuvres. C'est souvent très local comme mouvement, par exemple le groupe des sept en Ontario, mais c'est complètement irrelevent maintenant. Des mouvements artistiques, il y en a 1 800, 2 000, 7 000, les gens sont intéressés par des passions, ils sont influencés par la planète. Alors aujourd'hui, les mouvements artistiques sont complètement éclatés et ça va continuer à être le cas et c'est dû à l'internet.

ML : Pensez-vous que l’art visuel, en tant que sphère culturelle, est en santé au Québec?

AT : Je pense qu'on a un très gros travail à faire pour s'assurer que l'art visuel au Québec cesse d'être un secret bien gardé. Il faut qu'on aide nos artistes québécois à mieux promouvoir notre art, ici, localement et à l'international. Il faut les aider à vendre. Il faut que les artistes comprennent qu'avoir un galeriste, même s'il va coûter un certain pourcentage de leur travail, ce n’est pas un mal nécessaire, c'est essentiel au succès de leur travail, de la même façon qu'un gérant pour la musique. Oui, tu peux t'autoproduire, mais je peux te dire que si t'es bon, tu vas te faire ramasser rapidement par un groupe de représentation internationale. C'est vrai en musique et c'est vrai en peinture. Alors, on a un gros travail de commercialisation à faire et il y a des signes encourageants. La foire Papier 13, c'est un gros succès commercial. L'année prochaine, ça revient, Papier 14 et ça va être encore plus gros! Il commence à se consommer de l'art, ce qui n'existait pas avant, les gens achètent. Les gens commencent à se rendre compte que d'avoir un poster de Monet sur le mur, c'est peut-être pas ça que ça prend. Achetez de l'art! Quand vous achetez de l'art vous aidez un artiste à vivre et à manger.


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